La lettre de Dikran Antreassian

Dikran Antreassian, the leader, the organizer of the Musa Dagh resistance, has written a letter to all whom it may concern, i.e. to the captains of all possible ships which may come across the Eastern Mediterranean Sea.

Below is his letter in English, which was translated into French once it made its way to the French navy Guichen. What follows is a French transcription of his words…

« Lettre du 8 août 1915

A tous les Amiraux, Capitaines et Autorités des nations Anglaises, Françaises, Italiennes et Américaines qui viendront à passer près de notre côte, nous en appelons au nom de Dieu et de l’Humanité.

Nous, gens des villages arméniens de Yoghan-Olouk, Beytias, Hadji-Habibli, Kebousïe, Khuderbey, Wakf et autres hameaux avons fuit dans cette partie de la montagne Musa-Dagh. Nous avons fui pour notre chère vie et notre honneur encore plus cher. Vous avez sûrement entendu parler quelque peu de la barbarie actuelle des Turcs, surtout contre les arméniens et en général contre tous les Chrétiens de Turquie.Celui qui écrit ceci était il y a quelques mois le pasteur protestant de Zeitoun (maintenant pasteur de Yoghan-Olouk et il a été témoin oculaire de certaines des indicibles cruautés des Turcs contre les pauvres Arméniens de Zeitoun, Furuz, et tous leurs villages (32 en tout). Tous les Arméniens d’Alboustan, Jocksin, Yarpoux ont été forcés d’émigrer. Et voici ce que signifie dans ce cas l’émigration : des familles de 10 membres et plus avec des vieillards usés par l’âge, de petits enfants et des nouveau-nés sont contraintes de quitter leur foyer et toutes leurs propriétés, leurs jardins et leurs vignes et d’émigrer avec 2 petits ânes. Il est terrible de voir comme l’a vu l’auteur de cette lettre, des enfants de 6 ou 7 ans des hommes et des femmes à cheveux gris de 75 à 80 ans, des femmes délicates d’une grossesse avancée marchant pieds nus des jours et des nuits, les pieds enflés pour aller vers une mort ignominieuse dans un des déserts turcs. Bien des mères épuisées abandonnent leurs enfants en chemin et, maudissant leur sort en détournent pour toujours leur face avec un cœur déchiré et des larmes amères. Beaucoup de ces gens n’ont même pas de pain pour le voyage : beaucoup de ceux qui ont quelque argent sont dévalisés en chemin. Et ce n’est pas tout, car nous pourrions même supporter tout cela. Pendant leur terrible voyage plusieurs des jeunes femmes et des vierges sont saisies par les barbares Turcs, Kurdes et Arabes et leur honneur est violé. A chaque nouveau village de ces sauvages qui se trouvent sur leur chemin, les villageois ravissent 3 ou 4 femmes. Et maintenant nous avons atteint un autre acte infernal de cette longue tragédie. Les massacres ont déjà commencé. 7(000) à 10000 Zeitouniens qui avaient été envoyés à Der Zour ont été complètement exterminés et leurs femmes réparties entre les peuplades sauvages. Des massacres ont lieu à Diarbéki et Marath et après, vieillards et enfants survivants du massacre sont envoyés vers les déserts pour y trouver leur mort par la faim et la soif sous le soleil brûlant, et par les persécutions. Des chrétiens d’Aïntal et de Kilis commencent à être fait « Muhedjirs » (exilés sous la surveillance du gouvernement) et des préparatifs sons fait pour Alep. Nous savons certainement maintenant que le gouvernement Turc a décidé d’annihiler la nation Arménienne.

Maintenant, Monsieur, nous sommes le reste d’une population longuement persécutée, nous avons fui ici pour la vie et l’honneur avec peu d’armes, trop peu de munitions et quelques vivres. Le gouvernement turc nous a informé que le 30 juillet de sa décision de faire « émigrer » nos villages mais nous savons bien que le mot « émigrer » signifie complètement destruction, la perte de propriétés, d’honneur et des vies, la perte de tout. C’est pourquoi nous nous sommes révoltés contre la barbarie Turque et retirés dans les montagnes. Nous avons résolu de souffrir ici de la faim ou de mourir avec honneur dans la bataille plutôt que d’émigrer vers les déserts et après la perte de propriétés et d’honneur trouver une mort ignominieuse aux mains des barbares turcs kurdes et arabes. Et maintenant, Monsieur, nous en appelons à vous au nom de Dieu, au nom de Fraternité humaine, au nom de l’honneur, nous en appelons à votre chevalerie et vous supplions de nous accorder votre aide. Nous croyons que vous avez pour nous une véritable sympathie chrétienne. Nous vous supplions de nous transporter tous à Chypre ou en toute autre terre libre, ou bien si on ne peut nous accorder autant, nous vous supplions de transporter au moins nos femmes et nos enfants et de nous équiper de suffisamment d’armes et de munitions et de nous envoyer des officiers, et nous emploierons tous nos efforts à abattre les forces Turques. Centre de la barbarie et de l’inhumanité, ennemies de la civilisation.
Dans ce cas nous aurions besoin de 3000 (trois mille) Mausers ou autres armes équivalentes avec munitions en quantité suffisante. Pour plus de détails et négociations complémentaires je suis prêt à me rendre à bord de votre navire de guerre ou vapeur.
Nous voulons croire, Monsieur, que dans tous les cas vous nous secourrez et ne nous abandonnerez pas à la faim ou à notre absolue perdition. Vous avez des épouses et des enfants, vous savez ce que vaut la liberté : il vous est donc très facile d’imaginer notre infortune. Daignez, Monsieur, ne pas nous abandonner à notre sort, ne pas nous laisser en perdition.

A vous très sincèrement. 
Pour tous les Chrétiens d’ici : Dikran Antreassian
A l’instant vient de commencer une bataille ; mais en ce moment les soldats turcs ne sont pas nombreux.

Traduit de la lettre jointe.

Bord « Guichen » le 6 septembre 1915

Le Capitaine de Frégate, Commandant »


The source of this letter appears to be the Service Historique of the French Defence Ministry. This invaluable letter has been provided to Ani Değirmencioğlu by Misak Hergel.

http://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/